HISTOIRES FABULEUSES DU GRIEME

Le Manteau d’Or de Montezuma et le Corsaire d'Ango Jean Fleury
Deux histoires qui se mêlent sur Les Minquiers
Ilots sur Les Minquiers
Par Gérard LORIDON et Michel TORCHE (GRIEME)


(Ilots sur Les Minquiers)


UN PEU D'HISTOIRE

Cette nuit de 1520, dans les rues sombres de Ténochitlan (qui deviendra un jour, Mexico), le fabuleux métal dont se sont chargés les espagnols pèse très lourd… Ils n’ont pas su résister à l’attrait de ces merveilles, fruits de leurs rapines lorsque leur chef Hernan CORTEZ, leur à ouvert la salle du trésor en les invitant à se servir sur l’or du roi d’Espagne.

Car, sous la pression des tribus aztèques, les Conquistadores quittent cette ville qu’ils ont conquise et qu’ils ne peuvent garder. Ils se sont battu, fiers hidalgos, tous les jours et ont fait preuve de vaillance ; précédés des décharges de couleuvrines et de mousquets, ils ont chargé la foule de guerriers qui, à chaque fois, se refermant sur eux les obligeaient à retraiter à l’intérieur du palais de Montezuma. Ce dernier, l’empereur, leur à longtemps servi d’otage, mais il finalement été blessé mortellement, par l’un des siens, alors que les espagnols le présentait, la pointe d’une épée sous la gorge pour tenter de calmer  les esprits.

Et pourtant, la conquête qui n’avait pas été facile, leur avait quand même permis d’occuper Mexico sans bataille. Mais désirant imposer la croix, par le fer et le feu, ils ont renversé les idoles, et déclenché ainsi la furie des prêtres qui ont soulevé la population.

Et maintenant cette nuit, il faut partir, le plus discrètement possible, les pattes des chevaux sont enrobées de tissus, et aussi les roues des canons, les armes saisies, et l’on va passer le lac et ses canaux avec un pont en bois démontable, que l’on mettra en place à chaque passage, car les Aztèques ont démoli tous les ouvrages.

Hélas le pont, sous le poids des chevaux et de l’artillerie va rester bloqué et le massacre des espagnols va commencer !
Une bien sinistre nuit ou beaucoup vont mourir, entraîner dans le lac par le poids des armures… des joyaux et autres barres d’or. Triste nuit qui portera le nom historique de « Noche Triste » dans l’histoire de la conquête de cette Nouvelle Espagne.

Mais le lendemain, le génie de Hernan Martin CORTEZ de MONROY, triomphera à nouveau dans une dernière bataille… Les espagnols vainqueurs, mais dont le nombre a fortement diminué, vont se retirer…et revenir dans quelques mois reprendre, définitivement cette fois, Mexico, en 1521. Ils vont recommencer les pillages, rapines et iront jusqu’à torturer des chefs aztèques pour retrouver tout ou partie du trésor… Trésor qui comprenait le célèbre manteau d’Or, toute la riche garde robe et les bijoux de Montezuma


Ces richesses vont quitter le Mexique,
 certainement sur un galion, dans une des Flotta Plata !
Un corsaire va s’en emparer…

Le plateau des Minquiers, territoire attribué à l’anglais par la cour de droit maritime international de la Hague en 1953, se situe à proximité des iles Chausey, non loin de Granville.


(Vue sur Les Minquiers)

Cette zone de faible fond à marée haute est parsemée d’innombrables roches et bancs de sable parcourus par de violents courants. Nous sommes en effet tout prés de la baie du Mont Saint-Michel, connue pour ses importantes variations d’hauteur d’eau découvrant des territoires immenses, entre la pleine et la basse mer.
 

Ce plateau a été certainement le théâtre de nombreux et tragiques naufrages tout au long de l’histoire. Un de ces naufrages plus particulièrement, retiendra notre attention, car il concerne l’un des plus fabuleuses histoires de trésor perdu à nos jours.

Nous sommes le 12 décembre 1522, trois bâtiments lourdement chargés, deux caravelles et un galion, s’engagent péniblement vers la passe du Four entre le plateau des Minquiers et les îles Chausey. Les navires vont remonter au plus près de la côte de la presqu’île du Cotentin afin  d’éviter  toute rencontre avec l’anglais ou l’espagnol qui infeste les parages de La Manche. Les pavillons sont frappés de la croix blanche des marchands de Dieppe et pour deux d’entre eux, dominent l’aigle impérial espagnol, marques de la prise…

La visibilité est déplorable, nous sommes dans la période des tempêtes et le mauvais temps sévit dans les parages de Jersey. L’un des trois navires , une caravelle, va finir par se drosser sur les roches aux alentours, puis perdre toute sa cargaison depuis sa carcasse éventrée. Il est vrai que les marins Normands n’aimaient pas ce type de navire peu maniable dans les eaux de La Manche. Ils préfèrent la robustesse des galions et des nefs à la caravelle car celle-ci est surtout espagnole et portugaise. D’ailleurs, les galions de Dieppe passent pour être les meilleurs du monde pour l’époque, la nef étant plus réservée pour le commerce car plus ventrue. Qu’à cela ne tienne ! Les deux autres navires arriveront à bon port sous le commandement d’un des plus célèbres capitaines de cette époque et qui deviendra par la suite la bête noire du roi d’Espagne, Charles Quint.

Mais laissons un voyageur, présent à Dieppe 5 ans plus tard en 1527, nous narrer cette arrivée qui se reproduisit :

- «Ah, çà ! Ma brave femme, dis-je à une Polletaise qui approche, expliquez-moi ce qui se passe ?
- Mais c’est Fleury, monsieur. Ils sont tous là et ils ramènent une prise.
- Fleury ? Qui Fleury ?, repris-je, le corsaire ?
- Mais naturellement, me dit-elle, en me regardant avec étonnement, il n’y en a qu’un seul »

Ainsi, mes amis, c’est Fleury qui arrive. Fleury est là. Fleury va rentrer à Dieppe dans un instant. Fleury le prodigieux corsaire, la terreur des portugais et des espagnols. Fleury qui depuis cinq ans écume l’océan du Cap Vert aux Antilles et dont les exploits sont racontés jusqu’au fond de nos provinces. Fleury le marin de la Baie de Seine, le capitaine major des Corsaires d’Ango, qui avec ses normands d’Honfleur, de Vatteville, de Villequier, de Dieppe, enlève les nefs et les galions ennemis aussi bien prés des côtes des Indes occidentales que sous celles d’Espagne et du Portugal.

Ma chance est vraiment providentielle. Pour une fois que je viens à Dieppe, pour une heure que je passe dans son port, Fleury, le plus célèbre des capitaines d’Ango surgit exprès pour ma satisfaction. Cette journée est merveilleuse. Je vais pouvoir regarder de près ces galions glorieux, ces marins audacieux et surtout cet extraordinaire Fleury contre lequel l’empereur Charles Quint lui-même a une vengeance personnelle à satisfaire.

La «Salamandre», est assez près de moi maintenant. Je vois mal Fleury : la vergue du grand mât me le cache. Le navire tourne, Fleury m’apparaît en entier. Oh ! Quelle prestance. Il est splendidement vêtu. On dirait un prince. Et quelle aisance dans les gestes. Il va et vient d’un bord à l’autre de la dunette, grand et souple. Il y a une certaine nonchalance dans ses mouvements du bras et de la main. On sent l’homme habitué au succès et à la popularité. Sa bouche sourit dans un visage coloré, sur une barbe un peu rousse soigneusement taillée. Il a bien le type du Normand. Il se penche sur le bord opposé au coté où je suis, pour surveiller la manœuvre et il échappe à ma vue. »

Extrait : Henri CAHINGT. De Dieppe en 1527. Lettres d’un voyageur. La ville de Jehan ANGO.

Qu’avait donc fait ce légendaire personnage, Jean Fleury, aux espagnols pour que l’empereur Charles Quint veuille sa tête ? Tête qu’il obtiendra deux années plus tard, le 15 octobre 1527. Laissons de nouveau la parole à ce voyageur…

Vous rappellerai-je que non content d’enlever les vaisseaux espagnols ou de les couler, Fleury a un jour frustré l’Empereur de sa part des trésors du Mexique. Quand, après la conquête de ce pays, Cortez avait il y a cinq ans décidé d’envoyer en Espagne les trésors volés dont le quint revenait à l’empereur, trois caravelles emportèrent les richesses sous le commandement d’Alonso d’Avila et d’Antonio de Quinones.

Les navires étaient en vue des Açores, quand Fleury surgit et enleva deux des trois caravelles. La troisième, réfugiée à l’île Sainte-Marie, attendit les secours demandés en Espagne. Une nouvelle escadre de trois navires fût constituée et voyait déjà la côte à l’horizon quand, de nouveau, Fleury surgit et enleva les navires espagnols. Un seul échappa et réussit à gagner la terre. Et c’est ainsi  que presque tous les trésors du Mexique prirent le chemin de Dieppe. Il y avait là pour prés de 100 000 castillans d’or en barre, des émeraudes par centaines, des perles dont quelques unes grosses comme des noisettes et les collections, les meubles et les bijoux de l’empereur du Mexique vaincu, l’infortuné Montezuma.

Je me souviens avoir vu à Paris quelques unes des pièces les plus curieuses de ces trésors que Fleury et Ango envoyèrent au roi François. Je me souviens en particulier, d’un masque de mosaïque de pierres fines avec des oreilles d’or et des dents qui surpassaient les lèvres. C’était étrange et merveilleux à la fois. »

Extrait : Henri CAHINGT. De Dieppe en 1527. Lettres d’un voyageur. La ville de Jehan ANGO.

Le voilà le délit, entre autre, qui entraîna la colère violente de l’empereur d’Espagne. Et c’est aussi Pierre Martyr d’Engheira, auteur contemporain de Fleury, qui dans son ouvrage De rebus oceanis et novo orbe (Paris 1536), relate ce premier exploit de ce pilote d’Ango. Il nous donne un aperçu du contenu du trésor :

 « …Une esmeraude fine, aussi large que la paume de la main ; un ameublement de vaisselle d’or et d’argent, comme des tasses, des vases, des plats, des escuelles, des pots et d’autres pièces où étaient gravées des figures d’oyseaux, de poissons et autres animaux de divers genres, et d’autres en façons de fruits et de fleurs ; quantité d’anneaux de pendants d’oreilles, de carcans, de colliers et d’autres joyaux tant pour les hommes que pour les femmes, et quelques idoles avec des sarbacanes d’or et d’argent ; des masques à la mosaïque de pierres fines avec les oreilles d’or et les dents d’os qui surpassaient les lèvres ; des vêtements de prestres, des mitres,  un corporalier, des ornements d’autel et autre parement de plume et de coton, des os de géants ; des tigres, dont l’un deux s’échappa dans le navire, blessa huit hommes, en tua deux, et se jeta à la mer ; et furent contraints de tuer l’autre de crainte qu’il ne fit la même chose. Plusieurs soldats donnèrent de l’argent pour porter à leurs parents, et Cortès en envoya aussi à ses père et mère une assez bonne somme ».

Même Cortès, dans sa lettre à l’Empereur, du 15 mai 1522, donne lui-même quelques détails sur ce premier envoi, et revient plusieurs fois sur cette tragédie dans sa correspondance qui suit, le 15 octobre 1524 et le 3 septembre 1526. Les prises de Jean Fleury, sur les espagnols, vont se continuer pendant tout le conflit entre François 1er et Charles Quint, sans oublier les nombreuses captures de navires portugais, en sanglantes représailles des barbares exécutions commises à la côte du Brésil.

Lettres de Ferdinand Cortès à Charles Quint sur la découverte et la conquête du Mexique, traduites par D.Charnay, Paris, 1896.

C’est Antoine Herrera, vice-roi de Naples, choisit par Philippe roi d’Espagne pour écrire l’histoire d’Amérique, qui décrit lui aussi dans ses annales les péripéties de ce premier combat contre la couronne d’Espagne :

«Les envoyés de Cortès, dit-il, partis de la Vera-Cruz avec un beau temps, dans trois caravelles, furent à peine arrivés aux îles Açores qu’ils rencontrèrent des corsaires qui les attaquèrent et en prirent deux. La troisième nef se sauva à l’île Sainte-Marie ; elle portait les trois envoyés et une partie des trésors. Ils expédièrent un bâtiment léger  pour prévenir en Espagne du désastre qu’ils avaient subi, et demander qu’on leur envoyât quelques vaisseaux qui les escorteraient avec ce qu’il leur restait de l’or et des autres objets apportés du Mexique. Les autorités espagnoles ordonnèrent que trois caravelles, sous la conduite du capitaine Domingo Alonso, iraient chercher aux Açores les envoyés de Cortès. Et, comme des corsaires rôdaient dans ces mers, il fut recommandé tout particulièrement à Domingo Alonso de prendre garde à six navires français signalés comme ayant passés aux Indes, et qui pouvaient être  cachés dans l’île de La Mona. Alonso s’en alla aux Açores avec les trois caravelles bien armées qu’il commandait, et pris sur ses nefs, pour passer en Castille, Alonso d’Avila, Quinones et les autres passagers, ainsi que l’or et les autres choses qui leur étaient restées. »

Mais à dix lieues du Cap saint Vincent, Jean Fleury qui n’a pas perdu de vue sa proie, les attaque de nouveau. «L’une des caravelles se sauvait au large, les deux autres se mirent en défense, mais quoique ceux de dedans combattirent vaillamment, elles furent accrochées. Toute la richesse que Fernand Cortès envoyait au roi fut perdue, tant du présent que du quint qui lui appartenait. L’empereur, ajoute l’annaliste, eut un grand ressentiment de la perte de ces caravelles. »

Annales en 8 décades d’Antonio Herrera publiées en 5 volumes Madrid 1725-1726.

Lors de ce dernier affrontement, Antonio Quinones y mourut et Alonso d’Avila fut emmené à La Rochelle et y demeura prisonnier trois ans. Dans une correspondance du 17 juin 1523, de la prison de cette ville, il confirme que la caravelle sur laquelle il  se trouvait en compagnie du commandant Domingo Alonso fut bien prise par Jean Fleury.

Jean Fleury se retrouve avec trois caravelles chargées d’or et répartit une partie de son équipage sur les deux prises, ainsi que le butin de la troisième. Celle-ci est abandonnée vide de son contenu, avec à son bord Ribera secrétaire particulier de Cortès. Celui-ci sera le principal témoin de ce fait, et interrogé devant un fonctionnaire espagnol faisant partie du conseil des Indes, Pierre le Martyr. Sur le retour, Jean Fleury accroche un autre navire espagnol revenant de Saint Domingue avec à son bord 20 000 pesos en or, quantité de perles, de sucre et de cuirs de bœufs. Chargement qu’il répartit de nouveau sur les deux caravelles qui deviennent difficilement manœuvrables et sur son bateau.

Cette capture est relatée elle aussi par Pierre le Martyr dans une lettre du 14 février 1522 de Valladolid et celle du 19 novembre 1522 datée de Valladolid donnant des précisions sur la nature du chargement de celle-ci. Le fait est rapporté lui aussi par Herrera dans ses décades, qui lui, précise la valeur de ce chargement : 62 000 ducats d’or, 600 marcs de perles, et 8000 pesant de sucre ! Et c’est ainsi chargé que rentre à Dieppe en cabotant le long de la côte française Jean Fleury, Corsaire d’Ango.

L’accueil à Dieppe sera fastueux, malgré la perte d’une des deux prises. Jehan Ango l’armateur et Jean Fleury feront exécuter de magnifiques vitraux pour les églises des alentours de Dieppe et d’Honfleur afin de remercier Dieu de cette bonne fortune.

Le vitrail de l’église de Villequier en est un témoignage de ces faits d’armes et de courses.

Une partie du trésor aztèque reste prisonnier des sables à proximité du banc des Minquiers et certainement parmi d’autres fortunes de mer.

Michel Torché
(conteur occasionnel et dessinateur permanent du GRIEME)

Les Minquiers
Sources autres que celles citées ci-dessus :
Eugène Guénin - Ango et ses pilotes/1891
Didier Audinot - L’or et les bijoux de la grève des Minquiers. Revue Trésor
Pierre Jarnac - L’or des galions d’après les archives espagnoles/1979
Christiane Lafitte - François 1er et le testament d’Adam. Maître de conférences (espagnol)
Photos des Minquiers Antoine DOREL


MAIS OU EST DONC LE TRESOR DES MINQUIERS

Nous sommes en Juin 1957, il souffle, ce matin, de très bonne heure,  un vent frais sur la rade de St Malo. J’embarque à l’écluse du port avec mon équipe de plongeurs à bord du chalutier « Kléber » pour des travaux de géologie qui nous sont confiés par l’E.D.F.

André Galerne, le célèbre P.D.G. de la SOGETRAM  à conquis les cerveaux pointus de  cette grande entreprise nationale. Il a obtenu pour la SOGETRAM le marché de la recherche géologique des fonds marins qui devront supporter les assises du barrage marée motrice, fermant la Baie du Mt St Michel de Granville aux Îles Chausey et de ces dernières à Cancale.

Le projet est vaste, mais n’effraie pas l’E.D.F. qui a créé et installé à St Malo le S.E.U.M., (Service d’Etudes et d’Utilisation des Marées.)

Pour reconnaître ces fonds, il doit y avoir entre 40 et 60 kms à explorer. Il est prévu d’effectuer des prélèvements géologiques sur les axes retenus pour les assises du barrage, dans lequel seront installés les Groupes Bulle fournissant la future énergie. Pour ce faire, l’E.D.F. a loué les services de monsieur l’Abbé GRAINDOR, une sommité géologique, détenteur d’une chaire au Collège de France et qui procède à une étude sur le schiste briovérien breton.

Pour les plongeurs, nous sommes 17 dont je fais parti arrivant avec une aile marine, inventée par Galerne, dont je serais parait-il, un spécialiste…

Tout devrait donc bien se passer, la géologie étant certes une science, mais dont l’approche nous est facilitée par un travail, somme toute facile. Il nous faut reconnaître les affleurements rocheux à l’aide de l’aile marine et retourner sur les points retenus pour effectuer des prélèvements comportant une mesure d’angle et d’orientation.
Le scaphandrier remonte ses échantillons en surface, ils sont mis en sac, étiquetés et remis à l’Abbé Graindor avec un rapport circonstancié en fin de semaine.

Les plongeurs sont répartis en équipe de trois sur des chalutiers loués par E.D.F. aux noms prestigieux tels que Kléber, Ajax et autres… Ce jour là, nous partons donc faire une reconnaissance sur les Minquiers. Ces îles et récifs, sont éloignés du projet, mais notre ecclésiastique géologue veut savoir si la nature des fonds relevés se prolonge plus au nord. Et, personnellement, chargé de cette mission délicate, cela me convient parfaitement, car je vais, en plongeant aux Minquiers retrouver un trésor !
Nous sommes donc en 1957, je viens de passer trois années dans la Royale, au prestigieux Groupe d’Etudes et de Recherches Sous-marines plus connu sous le terme G.E.R.S.

J’y ai servi comme matelot des équipages et surtout comme plongeur d’essais, sous les ordres, tout d’abord du Capitaine de Frégate TAILLIEZ et ensuite du Capitaine de frégate CHAUVIN,  des officiers, des vrais ! Le commandant Chauvin, notre "Pacha", considérait que tous les essais dangereux devaient d’abord être effectués par les officiers…l’équipage ensuite.

C’est à cette époque que j’ai feuilleté, dans la bibliothèque du G.E.R.S., le célèbre « Deep Diving »  feuilleté car ne parlant pas anglais, et surtout j’ai lu et relu, ce qui nous donnait des bases solides   "La Plongée" de la Marine Nationale.

Tout cela pour rappeler qu’il y avait peu de livres et d’ouvrages et j’étais tombé comme beaucoup d’autres jeunes plongeurs sur «1000 milliards de dollars au fond des mers» par le lieutenant Harry Riesenberg. Dans ce livre, une bible pour nous, il était écrit dans la longue liste des trésors sous marins : « …aux Minquiers, l’épave du Jean FLORIN, corsaire coulé le 2 Décembre 1522, contenant les bijoux et le manteau d’or de Montezuma… Valeur 1.000.000 de dollars » avouez qu’il y avait de quoi faire rêver nos jeunes cervelles adolescentes et innocentes !

Quand on me charge donc d’aller aux Minquiers, je suis presque sûr de découvrir au coin d’un rocher, l’épave et ses trésors…. La filmographie de l’époque est pauvre…mais prometteuse : « Les hommes grenouilles attaquent» film américain suivi de «La Vénus des mers chaudes» avec la plus que pulpeuse Esther Williams et bien sur l’inévitable prix du festival de Cannes « Le Monde du Silence » sans oublier  «L’Epave» avec Françoise Arnould, sex-symbol du moment, tourné par mon toujours excellent ami, Michel Rocca. Tout ceci pour tenter de vous faire comprendre mon état d’esprit, ce matin là.

Gérard, jadis... en scaphandrier !

Il faut plusieurs heures de route pour se rendre aux Minquiers, et je me suis couché dans le semblant de cabine arrière, sur une bannette, située au-dessus de l’hélice, dans les remugles d’huile moteur et de gas-oil de fond de cale ; ça vibre, mais c’est l ‘endroit où le bateau bouge le moins, ce qui m’est égal, ne craignant pas la mer.

On me réveille, le bosco, qui me dit « Gérard, on est sur les Minquiers… » pour être dessus on y est ! A marée haute, à côté d’une bouée qui laisse échapper des plaintes fantomatiques à chaque levée de houle. Et de la houle, il y en a, le temps s’est levé, façon Bretagne, ciel gris et plombé, crachin, vagues qui commencent à déferler…

Je demande au patron «alors, les Minquiers… les Minquiers, ils sont dessous gast donc ! »,  m’est -il répondu et d’ajouter en me faisant voir, un îlot dans la brume humide «ça, là, tu vois c’est l’île des Minquiers, la cabane qui est dessus c’est pour les naufragés, c’est français, mais les Angliches disent que c’est à eux.. »

Évidemment, nous ne pouvons plonger et nous allons donc rentrer sur Cancale nous mettre à l’abri. Je commence à perdre espoir devant cette immensité, mais le coup de grâce me sera porté quelques jours après, par très beau temps, à marée basse, lorsque je découvrirais l’étendue des récifs des Minquiers à découvert, 365 cailloux, en Bretagne il y en a toujours 365…


(schéma des Minquiers)

Le patron, et l’équipage s’amusaient beaucoup de ma mine déconfite, le bosco d’ajouter « le vrai trésor tu va le voir au fond, je prépare le court-bouillon et la mayonnaise…va donc chercher les homards… » accompagné d’un Muscadet de circonstance, on s’en est fait une estoumagade comme on dit en Provence... J’étais jeune et innocent.

Mais le Jean Florin est toujours là...
Archipel des Minquiers ! l’or est peut être encore là !
On a le droit de rêver

Bonne chasse au trésor
Gérard LORIDON

Scaphandrier professionnel à la retraite

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