QUE RESTE T-IL DE NOS ÉPAVES
LES CLOCHES

Page actualisée le 30-Jul-2009 19:54

Le “ must ”
de l’identification
d’une épave, reste
la découverte 
d’une de ses cloches !

ÉMOTIONS GARANTIES...


Que d'émotion lorsque que vous vous trouvez face à cet objet en bronze massif avec l'inscription du nom du navire et l'année de sa construction. Même quand celui-ci change de nom, la cloche conserve l'appellation d’origine, c'est son nom de baptême. 

Pour tout plongeur, c’est un moment exceptionnel, rare et bien souvent unique. Mais la plupart du temps, cette découverte reste dans l'anonymat, Pourquoi ?
La méconnaissance des procédures administratives de la législation française peut faire tomber dans l'oubli une découverte. Cette cloche, élément primordial pour l'identification d’une épave finira sur un meuble, chez un particulier, ignorée de tous. 

Ainsi peut s’évanouir dans l'oubli éternel, la mémoire d’une épave, son identification devenant quasiment impossible.


UN PEU D'HISTOIRE

Le moyen le plus longtemps utilisé pour communiquer en mer et près des côtes fût la corne, sous sa forme naturelle ou sous une autre forme. D’ailleurs cet objet fait toujours partie de l’armement obligatoire à bord des bateaux. Reliée à la puissance de la vapeur, elle s’entend toujours de fort loin.

La cloche, elle, apparaîtra avec les appels de service sous forme de clochettes copiant celle du bétail meneur de troupeaux. Elles connaîtront leur essor sous la religion catholique où elles serviront à rythmer la vie dans les couvents et les églises de campagnes ainsi que celles à bord des navires. Le nom d'un bateau et sa date de lancement y seront gravés à l’occasion de son baptême (lancement en mer) rappelant aux marins embarqués, la vie à terre.
La cloche sera utilisée pour sonner les quarts. Par temps de brume, elle servira à se signaler par rapports aux autres bâtiments en mer. Sur les bancs de Terre-Neuve, elles permettaient aux doris de rejoindre les goélettes de pêche noyées dans le brouillard, chacune d’elles ayant son timbre propre.

C'est ainsi que deux cloches seront fréquemment installées à bord d’un navire, celle de quart et celle de brume.

TECHNIQUE

La cloche de quart se trouvera la plupart du temps située non loin du poste d’équipage, là ou l’on mange et où l’on dort.
La cloche de brume se situera, elle, le plus souvent à l’avant du navire, sur le mât de misaine ou sur le guindeau, voire sur le fronton et au pied de la passerelle pour certain navire de guerre récent

CLOCHE DE BRUME SUR GUINDEAU EN 1900
La cloche de guindeau du Tokomaru coulé en Manche Est
(Clôche du TOKOMARU - Epave de Manche-Est
)
Autre cloche à guindeau, celle du Normandie

MEME LES SOUS-MARINS !
UNE CLOCHE SITUEE SUR L'AVANT DU KIOSQUE 

Pour situer l'emplacement supposé d'une cloche sur une épave, il faut en connaître sa construction et son type (goélette, brick, trois-mâts barque, cargo, paquebot ou destroyer). L'époque de construction est également un élément important.

Pour les plus vieilles cloches, la fixation était identique à celle des campaniles : une tige d’acier reliée à la seule des deux cordes d’un navire pour la mettre en mouvement, (l’autre étant réservée aux pendaisons !). 

 

CLOCHE ET SA CHAISE (vers 1760)

CLOCHE SANS SA CHAISE (fin 18ème -début 19ème)
La cloche, l'âme du navire

Pour les cloches plus récentes, un portique les soutenait et le battant était actionné par la corde qui le prolongeait. Celles-ci conservent d’ailleurs la marque interne du “piquage” des quarts successifs et traduisent une certaine longévité du navire avant son naufrage.

La cloche était fondue dans un moule en sable par un maître fondeur comme pour celles des églises. Elles étaient accordées par la suite. Lors de la deuxième guerre mondiale, les cloches des L.S.T.avaient toutes les mêmes caractéristiques :

Poids de 27,210 kg,

    Hauteur de 31,75 cm
    Diamètre de 36,83 cm

Leur fréquence était de 454,5 vibrations par seconde
Sur la ceinture était inscrit " U.S. Naval Institute - ANNAPOLIS Maryland 21402 - USA".


CLOCHE DE QUART (fin 19ème)

QUELQUES CLOCHES CHERES AU GRIEME



 Cloche du Saint-Simon (Secteur de Dieppe)


Cloche de l'ALBERTVILLE
Cloche du YATAGAN
L'Albertville
Secteur du Havre
Le Yatagan
Secteur de Dieppe
Le Coonagh
Secteur de St Valéry
Le Malachite
Secteur du Havre

A voir absolument au Mémorial de Dieppe, la cloche du H.M.S. BERKELEY

Avant....Tel quel......L'oeuvre après polissage... Sans commentaires !


AVOIR L'OEIL ET LE "BON OEIL"

Nombreux sont les plongeurs qui visitent les épaves sans ne jamais rien trouver. Certes, la chance doit être avec vous, mais seule, elle ne suffit pas. Il faut savoir regarder, ne pas hésiter à imaginer le plan du bateau dans la tête afin de savoir sur quelle partie vous êtes. Disposer de quelques éléments significatifs du naufrage (orientation, endroit de la cassure, nombre de morceaux, ensablement, etc...). L'habitude aidant, votre oeil s'aiguisera et qui sait, un jour vous vous trouverez peut-être face à la rencontre "de votre vie" de plongeur.


Enfin, le rêve et de ne plus faire qu'un avec l'épave, certains vous dirons même qu'ils sont en harmonie avec l'endroit qu'ils visitent, une sorte de communion, une intimidité qui ouvre l'âme de l'épave. Alors, en voyant ces images, imaginez quelques secondes que vous soyez le premier à découvrir un tel objet ! Séquence émotion assurée....

Auriez-vous identifié ces objets ? Visions sous-marines bien sympathiques


Votre oeil n'en croit pas ses oreilles...votre coeur palpite de plus en plus fort... émotion !

VOUS TROUVEZ UNE CLOCHE ! (ou tout autre objet)
QUE FAIRE ?

1°) Faites impérativement les déclarations nécessaires auprès des autorités compétentes (bien souvent le DRASSM),
2°) Trouvez un musée, une institution civile ou militaire qui accepte de la recevoir et la mettre en valeur.

Dans ce cas, il y a fort à parier que vos démarches seront plus aisées et que vous obtiendrez plus facilement l’autorisation de remonter l'objet en question.

Ainsi sera-t-elle exposée aux yeux de tous. Vous en serez l’inventeur officiel pour l’éternité. Et si votre portefeuille ou des mécènes le permettent, vous pourrez même disposer chez vous d'une copie (à l’identique) en vous réalisant "un double" par moulage traditionnel chez un maître fondeur (CORNILLE HAVARD à Villedieu les Poêles en Basse-Normandie ou les FONDERIES PACCARD à Annecy).
Dans cette éventualité, la principale difficulté que vous rencontrerez pour obtenir une copie parfaite résidera dans le respect des différents constituants du bronze. Une analyse sur un échantillon serait idéale pour connaître la composition exacte, la chose n'est pas toujours aisée.

En attendant ce moment, rassurez-vous, votre copie sonnera probablement  avec le même timbre et aura les mêmes défauts que l’original !

Michel Torché Octobre 2003

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