LES HISTOIRES FABULEUSES
L'ELINGAMITE
Par Franck PINERENDA






Avant propos

Three Kings Islands, une multitude d’îlots déserts avec pour uniques habitants.... des oiseaux ! Ces îlots rocheux situés à 50 kilomètres au nord-ouest de la Nouvelle-Zélande, battus en permanence par les vents, ont de tout temps représenté un piège pour les bateaux.


Mercredi 05 Mai 1902


L'ELINGAMITE quitte Sydney à destination d’Auckland. Le bateau est un robuste steamer de 90 mètres jaugeant 2585 tonnes Ce navire appartient à la Huddart Parker and Co, il est commandé par le capitaine Attwood.

A son bord se trouvent 136 passagers et 58 hommes d’équipage ainsi qu’une importante cargaison : 52 caisses en bois renfermant un petit trésor composé de 17.320 livres de l’époque se répartissant en 14.320 livres en pièces d’argent et 3.000 livres en pièces d’or. Ces caisses, envoyées par la New South Wales Bank, sont destinées à ses succursales néo-zélandaises de Dunedin et Lyttelton.

Les premiers jours de la traversée se passent sans aucun problème.


Le dimanche 09 mai 1902



Lorsque les passagers se réveillent, un brouillard très dense enveloppe la mer. La visibilité n’est que de quelques mètres. De  depuis la passerelle, il est impossible d'apercevoir l’étrave du navire.

ATTWOOD, Capitaine de l'ELINGAMITELe capitaine Attwood prend alors les précautions d’usage et ordonne de réduire la vitesse à 5 nœuds. Il est inquiet car les impératifs commerciaux de la ligne l’obligent à passer au plus prêt des Three Kings Islands. Une lourde atmosphère règne sur le bateau. Les hommes d’équipage sont également très soucieux. Il faut se fier au compas et espérer que le navire ne se rapproche pas trop des côtes de Nouvelle-Zélande.

Chez les passagers l’angoisse est à son comble, les rares téméraires qui ont quittés la cabine pour demander des informations au capitaine se sont fait sèchement accueillir.

A la vigie, les hommes scrutent inlassablement l’horizon. Soudain, vers 15 heures, ils se mettent à hurler «remous droit devant»

Il est déjà trop tard ! Le steamer s’écrase sur les rochers de la plus grande des îles de l’archipel : West Island.

Attwood a très vite compris que le navire vient de heurter les Three Kings Islands. A bord, la panique s’empare des passagers. Le steamer prend l'eau de façon inquiétante, néanmoins il se maintient encore à flots. Les hommes d’équipage appareillent six canots et deux radeaux du bord.

Attwood quitte son navire le dernier. Il se jette dans l'océan au moment où le navire entame sa descente vers les abîmes. Le capitaine rejoint l'une embarcations de sauvetage et en prend aussitôt le commandement.

Lorsque la nuit tombe sur les Three Kings Islands, la plupart des passagers ont réussi à se hisser sur les chaloupes. Chacun est parvenu à trouver une place bien inconfortable sur les rochers . Bien pire, des chaloupes sont portées manquantes.


Dès le lendemain les secours commencent à s’organiser

Le Zélandia, sister-ship de L'ELINGAMITE qui assure également la liaison entre Sydney et Auckland est prévenu et commence à rechercher des survivants.

Son attention est attirée par des fusées qui sont tirées depuis l’îlot de Horoura sur la côte est de l’île nord. Arrivé sur les lieux, le ZELANDIA va recueillir un groupe de 52 personnes. Les recherches vont se poursuivre inlassablement pendant une semaine. Malgré le mauvais temps qui règne, le moindre caillou sera minutieusement  exploré par les navires présents sur la zone du naufrage. Le temps passe et les secours sont sur le point de cesser leur quête. Soudain, le H.M.S. Penguindécouvre l’avant de l'un des dernier des canots manquants, à 60 milles au large des Three Kings Islands !


Le navire manoeuvre rapidement et bientôt il  aperçoit l’embarcation et ses occupants. A son bord se trouvent 16 personnes dont 8 sont déjà mortes de déshydratation. Le dernier des canots ne sera jamais retrouvé !


Après le naufrage... la chasse au trésor !

Quarante-cinq passagers et hommes d’équipage ont péri dans ce drame. La Nouvelle-Zélande est en deuil. Le capitaine Attwood fut traduit en justice et reconnu coupable de ce naufrage. Suspendu de commandement pendant un an, il du s’acquitter d’une amende de 50 livres.

Mais ce n'est pas le principal fait qui alimentait les conversations à Auckland.  Sur les quais néo-zélandais, on parle de tout autre chose, en particulier de la cargaison que transportait L'ELINGAMITE. Très vite, les imaginations s’enflamment.

Pour certains, l’or semble à portée de main et très vite plusieurs expéditions sont mises sur pieds. Les premières tentatives se soldent par un échec. Les chercheurs de trésors doivent rebrousser chemin. La force du courant est prodigieuse et L'ELINGAMITE, que l’on imaginait à fleur d’eau, repose à près de 50 mètres de profondeur sans localisation précise.

Un scaphandrier du nom de Harper s’intéresse également à l’affaire. Il connaît très bien les Three Kings Islands.   Après s'être précisément renseigné auprès des sauveteurs, il décide tenter l’aventure seul. Il faut dire que Harper est un original. Il pense vivre de sa pêche et de la capture des veaux marins. L'homme se tient prêt pour une longue recherche, persuadé que la fortune est à portée de mains.

Le campement de Harper sera retrouvé sur la plage de West Island avec une abondante nourriture. Non loin de son bateau on découvrira un petit sac, à l’intérieur une poignée de souverains en or rongé par l’eau. Mais point de trace de Harper et de son matériel de plongée. Il semble évident que Harper ait retrouvé l’épave. Pourtant sa disparition porte un rude coup aux chasseurs de trésors. D'ailleurs, ces derniers pensent que le butin est définitivement perdu.

Pièce d'or de l'ELINGAMITE

Quelque temps plus tard, alors que le trésor semble oublié, un homme, Lee Subritsky sent que son heure est venue. Comme Harper, Lubritsky est un scaphandrier professionnel à qui le risque ne fait pas peur. En 1958 il décide de tenter sa chance lui aussi.
Encore une fois, l’aventure se passe mal, très mal. Alors qu’il est en immersion, un fort coup de vent arrive sur la mer. Le plongeur regagne la surface dans une mer démontée et dérive très vite. Luttant pour sauver sa vie. Il sera récupéré in extremis par ses coéquipiers. Le petit groupe rentrera très vite en Nouvelle-Zélande, marqué à tout jamais par cette expérience.

Le trésor peut dormir tranquille ? Pas sur !

En 1967 arrive Wade Doak. Professionnel de la mer, l'homme travaille pour la revue DIVE et connaît l’histoire de L'ELINGAMITE sur le bout des doigts. Il décide donc de tenter sa chance et part en compagnie de quelques amis à bord de l’Ahiki.

Le 08 janvier 1967, en plein été austral, Wade s’apprête à plonger. La mer est formée malgré une météo plutôt clémente.
Le plongeur s’enfonce dans les profondeurs. Après une exploration poussée, le scaphandrier repère les débris de l’épave qu’il balise avec un parachute. Son compagnon, John Pettit, fouille inlassablement les failles. Soudain il touche quelque chose de rond et de dur. Il s’agit d’une pièce de monnaie. Fébrilement, il remue le sable aux alentours et mets à jour des dizaines de pièces d’argent ! A sa sortie de l’eau, il pousse un hurlement : "le trésor des Three Kings Islands est là !"

La nuit se passe. Lorsque le jour se lève, tout a changé. La houle s'est levée, les brisants font un bruit épouvantable, il faut partir pour ne pas risquer sa vie ! Pourtant Wade Doak ne peut se résigner à abandonner si près du but. Il parvient à convaincre ses compagnons d’effectuer une ultime descente.
Les quatre plongeurs basculent à l’eau, la visibilité est très mauvaise. Ils retrouvent néanmoins des piles de pièces noircies et concrétionnées par le temps. Après plusieurs minutes, ils émergent dans une mer démontée et mettent le cap sur le chemin du port.


Ils reviendront à maintes reprises sur les lieux de la catastrophe pour y explorer chaque faille, trier des mètres cubes de sable. Leur quête sera vaine, ils ne retrouveront plus la moindre pièce.

En 1969, nos fameux gaillards obtiendront la concession de cette épave. Ils en remonteront divers objets dont la cloche et le chadburn visible au musée de Paihia. On peut estimer que ces plongeurs ont sauvé environ 12 000 pièces d’or et d’argent, mais
une grande partie du trésor des Three Kings Islands attend toujours d’être découvert. Selon Wade Doak, les pièces qui restent doivent être coincées dans les anfractuosités des rochers et sont très difficilement accessible. L’épave s'affaisse énormément, elle a "été travaillée" à la dynamite. De nombreux débris s'éparpillent çà et là, sur une grande surface.

Le site du naufrage est fréquenté par de nombreux touristes que le «Tour-Opérators» amènent lorsque la météo le permet.
Les Three Kings Islands figurent parmi les plongées les plus réputées de Nouvelle-Zélande.  Bien sûr, L'ELINGAMITE n'y est pas étrangère mais ce n'est pas la seule raison. Ces multiples îlots abritent une faune et une flore sous-marine très riches et variées. La visibilité y est parfois supérieure à 30 m. De temps à autre, une pièce en or est découverte, et les scooters sous-marins ne servent pas toujours à se déplacer !

Epilogue

Quelques années après le naufrage, un événement inattendu se produit. Un nouveau relevé des ingénieurs hydrographes révéla que les cartes marines des Three Kings Islands étaient fausses ! En réalité, celles-ci se trouvaient à trois milles de l’endroit indiqué ! Sans cette erreur le naufrage de l'ELINGAMITE ne se serait jamais produit. Le capitaine Attwood n’était donc pas responsable de ce naufrage. On lui remboursa donc ses 50 livres ! Quant au trésor, il repose toujours sur les fonds de Nouvelle-Zélande.


Et vous !
Où passerez-vous vos prochaines vacances ?
(Crédit photo sous-marine : Droits réservés)

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