LE RORAIMA
Mise à jour 19-Sep-2009 16:03


Le Roraima..... navire canadien

8 mai 1902 - 8 h 02 - 28.000 morts
L'éruption de la Montagne Pelée anéantit la ville de Saint Pierre
Une multitude de bateaux dont le RORAIMA
seront les victimes de la fureur du volcan

Constructeur - Chantier naval
Chantiers Aitken & Maud de Glasgow
Propriétaire
Québec Line
Classe
Cargo vapeur Mixte
Lancement/Mise à l'eau
Lancé le 13 juillet 1883
Type coque
Métal - Acier
Tonneaux en jauge international
 1764/2712 tonneaux
Déplacement 
non renseigné
Longueur
120 m
Largeur
25 m
Hauteur
20 m
Tirant d'eau
6
Vitesse
 Non renseigné
Chaudières
Une seule chaudière à double détente
Motorisation - Machine
Non renseigné
Date du naufrage
9 mai 1902
Circonstances naufrage
Suite à l'éruption de La Montagne Pelée. 
Nuée ardente du 8 mai 1902
Le Roraima coule après un indendie à bord qui dure 3 jours
Positionnement
Coordonnées géodésiques
en W.G.S. 84
Martinique
Longitude : 61° 11.03440' W
Latitude : 14° 44.33980' N
Profondeur de l'épave
 45/61 m (environ)
Moyenne 46 m
Remerciements au SHOM


NOM - ORIGINES

RORAIMA

Etat du Brésil (Capitale Boa Vista) Superficie : 224 118 km²  Population : 324 152 habitants. Situation géographique, dans le nord-ouest du Brésil, à la frontière du Vénézuela et du Guyana. Parmi les montagnes tabulaires qui parsèment le parc Cocaîma (Brésil), le Roraîma avec ses 2 800 m d'altitude en est le point culminant. Ces formations font parties des plus vieux terrains de la planète. Leurs sommets abritent une flore et une faune très primitives. Dans le langage des indiens YANOMAPI, RORAIMA signifie "La montagne dans les nuages".

Le navire portait donc le nom d'un province et d'une montagne du Brésil. Ce vapeur descendait de l'Atlantique Nord en passant  par la côte est des U.S.A., la Floride, les grandes Antilles, les petites Antilles, le Venezuela pour s'arrêter à Bélem au Brésil.


HISTOIRE DU BATEAU

La compagnie Québec Steamship

La "Québec & Gulf Port Steamship Company" a été fondée en 1867 par monsieur Abraham Joseph, un résident de Québec. La compagnie a débuté un service entre les Bermudes et New-York en 1874 avec le Canima. Elle a changé de nom en 1880 pour
devenir la "Québec Steamship Company". Elle a été cédée à la "Canada Steamship Company" en 1913 et cette division a finalement été vendue à la "Furness Line". La compagnie a été dissoute en 1921.

Construit par les Chantiers Aitken & Maud à Glasgow en Écosse. Lancé le 13 juillet 1883 et acheté le 30 novembre 1899
par la Québec Steamship. Il avait 340 pieds de long, 38.1 pieds de haut hors cheminée, avec une profondeur de quille de 26.3 pieds. Il avait un "gross tonnage" de 2712 tx et un tonnage net de 1764 tx. Il avait un moteur de 350 forces (Forces = Unité de mesure de la puissance des moteurs à vapeur, vraisemblablement l'équivalent du Cheval Vapeur Force). Cette ancienne unité de valeur kilogramme force valait 9,80665 N (N=Newton).

Son équipage venait principalement de Québec. Le journal "le Soleil" édité à Québec de mai 2002 raconte la fin du navire et surtout, parle des membres de l'équipage.


LA MONTAGNE PELEE
les épaves victimes du volcan meutrier

L'Eruption en détail, cliquez ici !

St Pierre... les navires avant la catastrophe
(Navires au mouillage dans la baie de St Pierre)


LE NAUFRAGE - LA CATASTROPHE - RESCAPES - VICTIMES

Le RORAIMA est l'une des victimes de l'éruption de La Montagne Pelée. Nous n'allons pas retracer la disparition du RORAIMA que vous pourrez aisément lire dans les repères que nous vous proposons en fin de fiche. Nous nous attacherons davantage à illustrer notre document par des photographies tout en évoquant le drame humain qu'occasionna la perte de ce navire.

Le Roraime est touché... irrémédiablement... sa fin est proche.
(le RORAIMA brûle... la mer est jonchée de débris de toutes sortes)
Crédit Photo PARFAIT

Témoignage de Ellery S. SCOTT
Second du navire RORAIMA ancré en rade de St.Pierre, un des survivants de ce bateau
(Traduction libre de A. Lacroix, 1904)

La baie de St Pierre«Brusquement, quelques instants après huit heures, se produisit une formidable explosion de la montagne... la nuée sortit avec un fracas épouvantable qui, à côté d’un coup de tonnerre, serait comme un coup de pistolet comparé à un coup de canon de douze pouces. Ce nuage descendit en roulant, en se tordant sur les pentes de la montagne, escaladant les mornes, immense nuage de scories fondues, de flammes et de fumées, lumineux, effroyable.

Lorsqu’il arriva au terme de sa course, balayant tout, il semblait suivi par une masse inépuisable, un tourbillon sans fin, de vapeurs, de cendres et de gaz brûlants.
Au moment où nous vîmes cette formidable explosion, le capitaine me cria de lever l’ancre mais, au même instant, la destruction nous atteignait.
Cela ressemblait à un cyclone qui soulève devant lui la terre et l’eau, arrache tout sur son passage, mais c’était un cyclone de feu, incendiant tout ce qu’il touchait. Cela ne dura que quelques secondes, mais pour qui le voyait franchir la distance qui le séparait de la ville, la ville était perdue.

La lave, le feu, les cendres, la fumée, tout fût sur nous en un instant . Aucun train marchant à grande vitesse n’eût pu échapper. Une obscurité profonde se produisit alors et, dès que cet épouvantable fléau parvint à la mer, il roula sur ses eaux, mettant le feu aux rivages et aux navires.


(Baie de St Pierre - Colonne de fumée venant du RORAIMA qui se meurt)

Le RORAIMA talonna violemment sur bâbord, puis, d’une brusque secousse, il fut poussé à tribord, plongeant sa lisse très profondément dans l’eau. La cheminée de fer fut rasée et les deux mâts d’acier coupés net, sans une bavure.

Le navire prit feu en plusieurs points à la fois....

Des cendres brûlantes tombèrent d’abord, bientôt suivies par une pluie de lapilli chauds... Après les lapilli, ce fût une pluie de boue brûlante, ayant la consistance d’un ciment très fin... L’obscurité était complète, interrompue seulement par les flammes qui s’élevaient à l’arrière du navire, par l’incendie de la ville et les explosions de ses rhumeries...

A huit heures trente, l’obscurité diminua».


Le Roddam tente d'échapper à la nuée de cendres
Avec l'aimable autorisation de TROPICASUB

Lire d'autres témoignages de la catastrophe, cliquez ici



TEMOIN DE LA CATASTROPHE



Plage de St Pierre... après la catastrophe.
Parmi les témoins de ce drame, il est intéressant de citer Gabriel Hilarion Parfait qui était là pour fixer l'événement sur le colodion (Procédé photographique).

C'est grâce à cet homme que nous pouvons disposer d'images du RORAIMA. La mémoire est ainsi préservée à tout jamais.

Gabriel Hilarion Parfait était en congé dans son pays au moment de l'éruption, il a réalisé de nombreux clichés de cette catastrophe. Il a légué ses négatifs à la Société de Géographie.


(Saint-Pierre en ruines - Sources : TROPICASUB)


LE RORAIMA N'AURAIT JAMAIS DU BRULER !

L'Ame du RORAIMA erre du coté de St Pierre... la proue désignant le volcan pour responsable !A la lecture des nombreux documents qui retracent cette catastrophe, il est évident de constater que les connaissances humaines de l'époque sur les volcans n'étaient pas ce qu'elles sont aujourd'hui. En effet, en dehors du côté politique de mai 1902 (élections), les représentants de la science, les militaires, les autorités locales ne disposaient pas de toutes les données nécessaires pour éviter ce drame. La position du volcan et les hypothèses émises par les vulcanologues du moment aboutissaient tout naturellement et logiquement vers des coulées de lave qui ne se dirigeraient pas vers St Pierre.

Pour s'en convaincre, nous sommes montés jusqu'au sommet de La Pelée (environ 4 heures de marche en partant de la mer/ 2 heures si vous débutez votre ascencion là où la route bitumée s'arrête). Au fur et à mesure de la progression, chaque regard qui va du sommet vers la mer prouve de façon logique que la lave se serait répandue vers la commune du Prêcheur.... mais pas vers St Pierre. Il n'y avait donc effectivement peu à craindre des grondements de La Pelée.

C'était sans compter sur un type d'éruption inconnu ! Certes, il y avait bien eu une première alerte en 1883 avec l'explosion du Krakatoa, mais cela ne fit que quelques lignes dans les journaux. La Pelée allait donner un triste spectacle.... une première meutrière, une nouvelle représentation que les scientifiques nommeront plus tard éruption peléenne. C'est comme une énorme "cocotte minute" qui ne retient plus sa pression et qui expulse brutalement tout ce qu'elle contient.... Le résultat, des nuées ardentes composées de cendres, de matières en suspension, de gaz, une température très élevée....

Ce nuage meutrier toucha les bateaux qui mouillaient en baie de St Pierre. La cargaison du RORAIMA était composée essentiellement de combustibles divers et variés, bois, charbon, pétrole. Ce chargement s'enflamma très facilement à l'arrivée de la nuée ardente sur le navire canadien.


(Le Roraima vu par Dominque SERAFINI)


(Crédit Photos GRIEME - Exposition Salon Teck Octobre 2008/Cavalaire sur mer)
Dessins de Dominique SERAFINI






.Si les connaissances scientifiques avaient été tout autre, peut-on dire que le RORAIMA n'aurait pas brûlé ?  Conclusion hasardeuse mais la question peut se poser. Les principes de précautions que nous appliquons de nos jours auraient peut-être sauvés ce navire et son équipage.


PETIT BRIEFING et PLONGÉES SUR L'ÉPAVE

Le Roraima... l'un des trésors de St Pierre
(Crédits Images TROPICASUB et OCEANS - Dessins de Dominique SERAFINI)

Après avoir effectué quelques minutes de bateau depuis la base de TROPICASUB au départ de l'Anse LATOUCHE, Lionel "coupe" le moteur d'HERMES et amarre le bateau. Le ciel est bleu et les conditions atmosphériques sont très agréables en ce mois de mars 2002. L'église de Saint Pierre est quasiment en face de nous.

Hélène, Anthony et moi écoutons patiemment le briefing de maître Lionel. L'envie d'y aller est de plus en plus forte. Hélène et moi avons fait des milliers de kilomètres pour plonger ces épaves mythiques qui sont maintenant à portée de palmes, à quelques dizaines de mètres sous nos pieds.
Nous nous équipons tranquillement en pensant à bien vérifier l'ensemble du matériel car nous savons le RORAIMA profond. Si tout se passe bien, nous parcourerons l'épave dans toute sa longueur.

L'étrave du RORAIMA

Le signal de mise à l'eau est donné, dernière "vérif" de surface, la descente va commencer à partir du bidon blanc auquel est fixé le  bout qui nous mènera sur l'étrave vers les -37 mètres.

On y est ! Première impression... cela ressemble vraiment à un bateau dont la forme se dessine sans problème. L'eau est assez claire et la visibilité permet de discerner correctement l'épave (presque dans sa totalité). Sur la partie bâbord, posée sur un fond de sable gris, une des ancres dort. La descente à l'étrave est toujours un moment intéressant car il permet d'avoir une idée de la hauteur du navire..... et celui-ci n'est pas petit !

En remontant, nous prenons la direction de la poupe. On distingue très nettement le "trou" où venait se loger la cheminée. Plus loin, on aperçoit une très une belle cassure, la coque semble avoir roulé sur elle même. Les entreponts et les escaliers sont bien visibles. L'épave nous offre des tas de choses intéressantes à découvrir : cales, bossoirs, coursives, machinerie, escaliers, guindeau, restes de mâts, les ancres, les cassures.... un vrai festival pour le regard.

Coursives du vapeur de la Québec Line

L'entrée dans certaines cales allume des faisceaux de lumière époustouflants. L'arrière du navire est bien ensablé et une des deux cassures se distingue très nettement. La poupe, arrondie, ressemble beaucoup à celle du DONATOR.

Stop à la poupe du Roraima

Sur le RORAIMA, le temps passe extrêmement vite. La visite aux ancres (-60 mètres), une incursion dans les cales nous pénalisent très vite au niveau palier (Plongées à l'air comp.). Les paramètres s'affichent pour des arrêts à -9, -6 et -3 mètres. Cela va être long ! Qu'importe, la magie des lieux fait oublier cet inconvénient.

Nombreuses éponges sur le Roraima... courant dans les CaraibesNous avons effectué 3 plongées sur le RORAIMA. Ce fût trois plongées différentes, trois plongées riches en émotion. A chaque fois des choses passionnantes à voir. Les 3 ancres de bâbord vers les -60 mètres, ponts, treuils, cales, l'entrée dans les coursives, bestioles, les "cheveux blancs" de l'épave..... il y a à regarder partout !

N'oubliez pas non plus que le RORAIMA a été colonisé  par une faune et flore composées d'éponges, de poissons trompettes, thazards, barracudas, lutjans, carangues, platax, vers de feu, comatules, virgulaires, spirographes.... La liste est longue, alors pourquoi ne pas allez voir vous même ?

Enfin le plus étonnant se découvre vers l'avant....  à -40 m, le RORAIMA vous renvoie soudainement votre propre image. C'est vous même que vous pouvez toucher du doigt.... Est-ce l'âme du navire qui salue votre visite ?  Instant magique où l'on se retrouve pendant quelques secondes dans une poche d'air (relativement vicié). Tout juste si l'on ose ôter le détendeur... pour prononcer une phrase qui sonne avec un terrible effet "Donald Duck" impressionnant. A vous laisser sans voix !

Si vous avez l'occasion de passer par Saint Pierre, n'hésitez pas à plonger sur le RORAIMA mais aussi sur les nombreux sites (dont La Perle) et épaves (DALHIA, TERESA LO VIGO, DIAMANT, GABRIELLE, RESINIER, etc...) du Nord Martinique.
 

Hélène BOYENVAL - Anthony LALOUELLE - Pascal CANNESSANT (GRIEME)
(Crédit photo : TROPICASUB)

Une structure idéale pour vous emmener sur le RORAIMA


L'Anse Latouche croquée par le G.R.I.E.M.E.

(Dessin du GRIEME mars 2002 - Hélène BOYENVAL/Pascal CANNESSNT)

Lionel, François, Guy de TROPICASUB Plongée
Plus d'infos contactez : Lionel LAFONT
B.P. n° 17
    97250 SAINT PIERRE - MARTINIQUE (F.W.I)
Téléphone : 05.96.78.38.03/06.96.24.24.30

E.mail : l.lafont@outremeronline.com
Site internet : www.tropicasub.com


AUTRES EPAVES DE SAINT-PIERRE SUR LE SITE DU GRIEME
Le Dahlia et le Diamant



VU SUR LE WEB

Témoignages de
la catastrophe
Martinique et
Montagne Pelée
Tout savoir sur
le volcan
La Pelée en
images
Il était une fois un port
GRAN
Martinique
Scubaspot
et Roraima
Plonger en
Martinique


REPÈRES BIBLIOGRAPHIQUES - DOCUMENTS - MAGAZINES - DIVERS

Edition SOCOPRESSE - Fort de FrancePremière édition

Livre Catastrophe à La Martinique (Edition Socopresse/Fort de France)
    Edition originale de la Société de Géographie de 1981
    Charles DANEY
    Éditions HERSCHER
Livre Les Epaves du Volcan de Claude RIVES & Frédéric DENHEZ (1ère et 2 ème Edition)
OCEANS  (Numéro N° 257 de Sept/Oct 2000) Plongées en Martinique
OCEANS (Numéro N° 238 de Juillet/Aout 1997) (L'Or du Volcan)
La Baille - Bulletin trimestriel n° 273 Octobre 2001(Association des anciens élèves de l'Ecole Navale)
Lacroix A., La Montagne Pelée et ses éruptions, 2 vol., Masson et Cie, Paris, 1904
Revue Maritime/Statistique des naufrages - Avril 1904
C.D. Rom de TROPICASUB
Le Madi-Créole (Un hébergement top... Recommandé par le GRIEME)
Fiche voyage du GRIEME à lire (Martinique Nord)
Crédits photos et dessins : Tropicasub/Lionel Lafont/Dominique SERAFINI/PARFAIT/GRIEME

Remonter à la surface de la page